samedi 3 mars 2012

Brève biographie de Shinran [partie 2/2]

Maître Hônen (法然, 1133-1212)


4 années plus tard, Shinran  reçut la permission, avec huit autres disciples, de recopier le Senjaku Hongan Nembutsu-shu de son maître, l'une des œuvre maitresse du vieux Hônen qui rédigea ce traité à l'attention du régent kujo Kanezane. La même année notre ami reçut de son maître le nom bouddhique de Zenshin. Nous sommes en 1205.

En 1203 les premiers signes de mécontentement envers l'école de Hônen arrivèrent du mont Hiei. Mécontentements envers la conduite de certains disciples du vieux maitre ce qui en 1204 aboutit à ce que Honen fasse contresigner son manifeste en sept articles enjoignant ainsi ses disciples à ne pas entre autres, porter de critiques envers les autres écoles bouddhiques et envers les autres Buddha et Bodhisattva. Le document fût signé par 190 des plus proches disciples de Hônen, dont Shinran.
Quatre ans plus tard suite à un incident impliquant deux disciples de Genku (autre nom de hônen), l'empereur qui jusque la fut toujours clément envers l'école du nembutsu ,fit cette fois-ci interdire "la communauté de la pratique exclusive du nembutsu"  et exécuter quatre fidèles de la sangha (dont les deux incriminés). De plus, huit moines furent condamnées à l'exile dont Hônen dans la province de Tosa sur l'île de Shikoku et Shinran dans la province de Niigata. Le vieux maitre avait 75 ans et notre ami 35 ans.


C'est avec Eshin(1182-1268), avec qui il s'est marié quelques années auparavant que Shinran arriva dans le Niigata, à quelques centaines de kilomètres de son Kyôto natal. Loin du faste de la capitale, c'est la première rencontre du disciple de Hônen avec la province éloignée.

Il y côtoiera moult personnes: des administrateurs, des religieux et également des paysans, souvent de modestes condition,  pour qui les cinq préceptes bouddhiques* étaient difficilement applicables si ils voulaient continuer à nourrir leur famille. En effet chasseurs et pêcheurs et éleveurs n'étaient pas certain d'obtenir la libération, le fait de tuer des êtres vivants leur ouvrant la porte aux mauvaises destinées dans leur vie prochaines. Et c'est bien entre autres pour ces personnes qui ne pouvaient garder les préceptes que le Bouddha Amida prononça son dix-huit-ième Vœu...


"Le pouvoir du Vœu est sans limites;
 Ainsi même notre mal karmique, profond et lourd, n'est pas oppressif.
 La sagesse du Bouddha est sans limites;
 ainsi même ceux a l'esprit distrait et à l'auto-indulgence ne sont pas abandonnés."
 Shinran - Hymne de l'age des Dharma 37


"Quand nous réfléchissons à l'établissement du Vœu,
Nous trouvons que le Venu-de-l'ainsité, sans abandonner les êtres sensibles dans la douleur et l'affliction,
A pris avant tout pour eux le transfert des mérites,
Accomplissant ainsi l'esprit de grande Compassion."
Shinran - Hymne de la Terre Pure 38


Eshin-ni ( 1182-1268)


   Cinq ans après la prononciation de son exil loin de de son kyôto natal notre ami, tout comme son maitre exilé à Shikoku, sera pardonné. Ce dernier reviendra à la capital et y décédera deux mois plus tard. Son disciple lui, restera à Niigata encore deux ans et n'assistera pas à la cérémonie mortuaire de son maitre.
En 1214 à 42 ans, Shinran quittera finalement Echigo avec femme et enfants, pour la province de Shinano (actuellement préfecture de Nagano). Par la suite quitta celle-ci pour à la ville de Sanuki dans la province de Kozuke (actuellement préfecture de Gunma). Et enfin s'installa dans la province d'Hitachi (préfecture d'Ibariki).
Il restera dans le Kantô (dans l'est de l'île principale du japon) environ vingt années durant lesquels il diffusera l'enseignement qu'il a lui même reçu de son maître et compilera les textes des anciens maitres de la tradition remontant à Shakyamuni au sein de son œuvre majeure : le Kyô-Gyô-Shin-shô (Enseignement, Pratique Foi et Réalisation).
Ce n'est qu'a 60 ans que Shinran reviendra enfin à Kyôto, ce qui lui permis entre autre de compléter son ouvrage ayant à sa disposition à la capitale d'un matériel littéraire conséquent.


"[...] Ceci, alors, est le vrai enseignement facile à pratiquer pour les êtres faibles, sots; c'est la voix direct facile à traverser pour les imbéciles et les ignorants. Parmi tous les enseignements que le grand sage a prêché durant sa vie, aucun ne surpasse cet océan de mérites. Laisse celui qui cherche à abandonner le monde corrompu et qui aspire au pure; qui est confus dans la pratique et vacillant dans la foi; dont l'esprit est obscur et dont la compréhension est déficiente; dont les maux sont lourds et dont les obstructions karmiques nombreuses - laisse de telles personnes embrasser par dessus tout les exhortations du Venu-de-l'ainsité, prendre refuge sans faillir dans la voix direct la plus excellente, se dévouer seulement à cette pratique, et révérer seulement shinjin.[...]"
Shinran - Préface du Kyô-Gyô-Shin-Shô paragraphe 2

Parlant de shinjin, shinran dira : "...c'est la vrai cause de la réalisation du grand nirvana..."(KGSS III:1). Shinjin peut être traduit littéralement par "esprit confiant", mais nous le traduisons généralement par "foi".Avoir Foi dans le pouvoir du Vœu du Buddha Amida c'est donc recevoir l'assurance en cette vie-ci qu' à notre dernier souffle nous seront seront délivré du cycle des vies et des morts en allant naître en Terre Pure qui n'est autre que Nirvana.
Mais il ne s'agit pas ici d'une foi personnelle dans le sens qui est produit par le le fidèle mais de la foi transféré du cœur même du Bouddha Amida qui nous le confert.


" La prononciation du nom naissant du shinjin vrai et réel
   Est le transfert des mérites d'Amida aux êtres;
   Par conséquent, cela est appelé "non transfert des mérites,"
   Et dire le nembutsu par le pouvoir propre est rejeté. "
   Shinran - Hymne des ages du Dharma 39


Dans la capitale, notre ami restera avec deux de ses six enfants: Kakushin (1224-1283?) la plus petite et Zenran son fils ainé. Les quatre autres étant resté à Niigata avec leur mère, la capitale ayant subi un incendie et un séisme particulièrement violent ses dernières années .
Shinran lui, qui vivait au Zempô-in(temple de l'école Tendai tenu par son frère) continuera à garder le contact avec ses "disciples" de l'est du Japon sous la forme d'une correspondance épistolaire. C'est comme cela qu'il apprendra que dans le Kantô, des distorsions de l'enseignement véritable de la Terre pure ont vu le jour. Pour y remédier il envoya, son propre fils Zenran.
Malheureusement son fils répandit l'idée parmi les disciples que Shinran gardait caché un enseignement secret que lui son fils connaissait, et que l'enseignement du 18 ème Vœu était une "fleur fanée". Son père considérera cette traitrise comme un parricide et en conséquence renia son Zenran... 


Six années plus tard à l'age de 90 ans Shinran s'éteindra en ce monde. Entouré de quelque uns de ses enfants et de ses disciples, il se coucha de coté, tête vers le nord et regard vers l'ouest, dans un dernier Namo Amida Butsu.....

Concernant son corps, si il souhaitait que celui-ci serve à "nourrir les poissons de la rivière Kamo" ses disciples l'incinérèrent et enterrèrent ses cendres à Otani non loin de ceux de son maitre Hônen.
En 1272, Kakushin aidée de disciples et de son mari Zennen-bo, érigea un mausolée en l'honneur de son père sur la tombe de celui-ci. Quarante ans plus tard au même endroit fut construit le Hongan-ji ou temple du Vœu primordial.


" Bien que je parte maintenant dans la terre Pure de Paix,
   Comme les vagues de la baie waka-no-ura,
   Je reviendrait encore et encore.
   Quand tu te réjouis seul dans l'enseignementdu du nembutsu
   Considère qu'il y en a actuellement deux.
   Quand il y a deux qui se réjouissent,
   Considère qu'il y en a actuellement trois...
   Et ce troisième sera moi Shinran "
   Shinran - Honorable écrit sur la fin de vin du vénérable maitre



Je prends refuge dans le Venu-de-l'ainsité lumière illimité rayonnant à travers les dix directions.Calligraphie de maitre shinran





Mes remerciements à jérome Ducor sensei et à eiken Kobai sensei dont les livres qui m'ont permis d'écrire cet article...
Gasshô

Si vous désirez en savoir plus sur la vie de ce prêtre je vous conseille: Shinran : Un réformateur bouddhiste dans le Japon médéval aux éditions Folio. Un livre de jérôme Ducor.
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*les cinq préceptes bouddhiques : préceptes bouddhiques respecté par les laics désirant suivra la voix du Bouddha : éviter de tuer, éviter de mentir; éviter de voler, éviter d'avoir des relations sexuelles qui nuirait à quelqu'un, éviter de boire des boissons alcoolisées.

N.B : les citations de cet articles ne suivent pas la chronologie de la vie du maitre mais servent à "illustrer" son enseignement.