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lundi 12 janvier 2015

Les effets de la Foi [7/7]


Voici la 7e et dernière partie du document un modèle de foi Jôdo Shinshu, qui sont une collecte de question posée au révérend ryōsetsu Fujiwara, un révérend de notre école ayant enseigné entre autre aux Etats-unis. Un document que je juge de qualité et que rev. Josho adrian Cirléa considère ni plus ni moins comme "Un équivalent Jôdo Shinshû du catéchisme catholique".

Les précédentes parties sont :

1-  Notions préliminaires
2- le Bouddha Amida 
3- la fonction du nom 
4- la relation entre le nom et le vœu  
5- La nature de la Foi
6- La signification du Nembutsu






VII. Les effets de la foi 




1. Quels sont les effets de la foi du Shinshū?
-  Ils sont  au nombre  de deux.  L'un  est  le  bienfait  d'atteindre  le 
nirvāṇa;  l'autre  est  le  bienfait  de  demeurer  dans  le  groupe  des 
fixés dans le vrai. Ces deux bienfaits sont promis dans le 11e vœu  
d'Amida. 

2. Qu'est-ce que le nirvāṇa ?
- Nirvāṇa(nehan 般涅) est un mot sanscrit signifiant « extinction 
» (de la flamme du désir), ou « délivrance » (du saṃsara, le cycle 
des  naissances  et  des  morts).  Le  Grand  Véhicule  le  considère 
comme la liberté et la tranquillité absolues. C'estun synonyme de 
l'état de buddha et il constitue le but ultime de la vie bouddhique. 
Ce terme est aussi utilisé parfois pour désigner le décès du Buddha 
Śākyamuni, puisque celui-ci, en tant que corps de transformation 
(sup.II-6), est considéré comme étant retourné au nirvāṇa parfait 
lors de sa mort physique. 

3. Qu'est-ce que « le groupe des fixés dans le vrai»? 
-  C'est  l'état  où  ceux  qui  ont  la  foi  véritable  sont  assurés  de  la 
naissance dans la Terre pure et de l'atteinte du nirvāṇa. Le groupe 
des fixés dans le vrai (shōjōju,  samyaktvaniyatarāśi) est identique  
au  stade  de  «  l’irréversibilité  »  (futaiten,avaivartika).  A  l'origine,
ce  terme  désigne  l'un  des  stades  du parcours  des  bodhisattva.  
Mais  Shinran  l'a  interprété  comme  le bienfait offert par Amida
au moment de l'éveil de la foi. 

4. Cela signifie-t-il que l'état de buddha soit partiellement réalisé 
en ce rang ?
-  Aussi  longtemps  que  perdure  notre  corps  physique  et  que  les 
mauvaises  actions  œuvrent  encore  jour  après  jour,  nous  ne 
pouvons pas devenir buddha. Nous demeurons des êtres ordinaires 
(bombu ,  pṛthagjana), remplis de souffrances et de passions jusqu'à
la  fin  de  notre  vie.  Le  seul  changement  est celui-ci  : puisque
la cause de l'état de buddha a été obtenue,la racine du mauvais karma
est coupée et n'entraîne plus d'effets dans la vie prochaine.

5. Que se passe-t-il si nous sommes troublés par les passions et la 
douleur sur notre lit de mort ?
- Rien de spécial ne se produit. Que nous souffrions d'agitations et 
de douleurs ou que nous conservions notre recueillement ne fait 
aucune différence. Puisque les mérites absolus du Buddha Amida 
ont  été  reçus  une  fois  pour  toutes  à  travers  la  foi et  que  nous 
sommes tous déjà dans l'embrassement indéfectible de sa lumière 
(sesshu  fusha ),  nous  obtenons  aussitôt  d'aller  naître
dans sa Terre pure (soku toku ōjō ), quelle que soit notre
condition mentale sur notre lit de mort. Et à l'instant même de la 
naissance  dans  la  Terre  pure,  nous  devenons  buddha  (ōjō soku 
jōbutsu). 

6. Le Shinshū parle-t-il de bienfaits pratiques de la foi, en plus de 
celui de la réalisation qu'est le nirvāṇa ?
- Dans son Kyōgyōshinshō, Shinran déclare que ceux qui ont la foi 
véritable adamantine obtiennent infailliblement « dix bienfaits en 
la vie présente » (genshōjisshu no yaku ). L'entrée dans
le groupe des fixés dans le vrai est l'un d'entre eux.


7.  Pourquoi celui-ci est-il mentionné dans le 11e vœu et non pas 
les neuf autres bienfaits ?
- Le bienfait de l'entrée dans le groupe des fixés dans le vrai est le 
plus  fondamental  de  ces  dix  bienfaits,  les  neuf  autres  étant  des 
bienfaits  dérivés  de  lui.  Cependant,  ces  bienfaits  individuels  et 
concrets  représentent  ce  que  Shinran,  dans  un  autre texte, 
dénomme « les bienfaits infinis ». Le nombre de ces bienfaits ne 
doit donc pas nous importer. 

8. Comprennent-ils des bienfaits matériels ?
-  Non.  Les  bouddhistes  ne  prient  pas  le  Buddha  pour obtenir 
quelques gains matériels, pas plus qu'ils n'attendent aucun miracle. 
Ils  essayent  seulement  de  se  conformer  à  la  loi  de  causalité  et 
s'efforcent  d'agir  avec  une  vision  correcte  des  choses  pour 
améliorer leur vie. 
Face à ces efforts, la foi en Amida peut offrir non seulement un 
encouragement  spirituel  mais  aussi  des  bienfaits  matériels. 
Cependant, ces derniers ne sont pas particulièrement expliqués : 
les  fermiers  cultivent  pour  avoir  le  grain  et  ils  obtiennent  aussi 
naturellement de la paille, sans que celle-ci soit le but recherché.
Les bienfaits tels que la protection par tous les buddha(4 e
des dix  bienfaits), la protection par les foules invisibles(1er),
les louanges par tous les buddha(5e), la  protection constante par la lumière 
spirituelle  du  Buddha  Amida (6e)  et  la  multiplication de  la  joie 
dans le cœur(7e) sont quelques exemples montrant comment la foi 
du Shinshūnous aide à goûter une vie heureuse. 

9. Certains de ces dix bienfaits comprennent-ils des effets d'ordre 
moral ?
- La compassion d'Amida transcende même la moralité. Il délivre 
tous les êtres, sans distinction entre le bien et le mal. En outre, le 
but  de  l'éveil  de  la  foi  consiste  entièrement  à  recevoir  la 
compassion  d'Amida  et  à  obtenir  ainsi  l'éveil,  et  non  pas  une 
simple amélioration morale. 
Cependant, il est vrai que, loin d'être amorale, la foi véritable du 
Shinshū exerce une influence morale sur la vie humaine, même si 
le fidèle n'en est pas nécessairement conscient. Ainsi, par exemple, 
du  bienfait  de  la  transformation  du  mal  en  bien (3 e bienfait)  : 
transformer le mal en bien constitue vraiment l'idéal suprême de la 
vie  morale  ainsi  que  l'essence  de  tout  le  Grand  Véhicule;  le 
Shinshū montre  que  cela  est  possible  pour  tous  les  êtres,  en 
recevant le bien et les mérites suprêmes d'Amida. Les bienfaits de 
la reconnaissance et de l'hommage à sa bienveillance(8e), de la 
pratique constante de la grande compassion(9e) et de la dotation 
des mérites suprêmes(2e) semblent se rapporter à un effet moral, 
bien qu'ils ne puissent être concrétisés que par l'action d'Amida et 
qu'ils ne soient pas toujours perceptibles par les êtres. 
Somme toute, tous ces bienfaits proviennent du bienfait de  l'entrée 
dans  le  groupe  des  fixés  dans  le  vrai (10e),  qui  constitue  le 
fondement  de  nos  sentiments  d'espérance,  de  soulagement,  de 
bonheur, de joie et de gratitude. 

10. Où le nirvāṇa peut-il être atteint ?
- Des écoles du pouvoir personnel affirment que le nirvāṇa peut
être atteint même en ce monde-ci, pour autant que l'on accumule
des  bonnes  actions  pures  et  que  l'on  produise  en  soi-même  la
sagesse absolue.
Mais dans les écoles de la Terre pure, on réalise le nirvāṇa par la
compassion d'Amida  après la naissance dans sa Terre pure. Car,
selon  la  conviction  de  ces  écoles,  il  est  difficile à  l'homme
d'accomplir une telle discipline de sanctification en ce monde-ci.

11. Quelle est la signification de la naissance dans laTerre pure ?
-  Shinran  soulignait  que  la  naissance  dans  la  Terre pure  est
« naissance  à  la  non-naissance »  (mushō no  shō ), c'est-à-dire
 la fin du cycle des naissances et des morts (saṃsara), et  que  cette
naissance même  dans  la  Terre  pure  est, en  fait, la réalisation
de l'état de buddha, le nirvāṇa. 
Par  contre,  d'autres  écoles  de  la  Terre  pure  déclarent  que  le 
nirvāṇa  ne  pourra  être  atteint  qu'après  une  longue  période  de 
pratique supplémentaire dans la Terre pure elle-même. Selon ces 
écoles,  la  Terre  pure  n'est,  pour  ainsi  dire,  qu'un lieu  approprié 
pour  étudier  et  pratiquer  sans  crainte  de  reculer  dans  les  rangs 
inférieurs de la voie. 

12. La signification littérale du nirvāṇa paraît plutôt négative. Le 
nirvāṇan'a-t-il pas une nature plus positive ?
-  Atteindre  le  nirvāṇa,  c'est  achever  l'état  de  buddha.  L'état  de 
buddha  signifie  la  perfection  de  la  sagesse  et  de  la  compassion 
absolues,  tant  pour  soi-même  que  pour  autrui.  Sur  cette  base, 
Shinran a  souligné  la  profonde  signification du double  transfert 
des mérites, soit le « transfert des mérites dans la phase de l'aller» 
(ōsō-ekō) et le « transfert des mérites dans la phase du retour» (gensō-ekō). 
Le premier signifie qu'Amida nous transfert ses propres mérites 
pour nous permettre d'atteindre l'état de buddha :  c'est la perfection 
de la sagesse pour soi-même (jiri). 
Le  second  montre  que  c'est  aussi  à  travers  le  transfert  des 
mérites d'Amida que celui qui a atteint l'état de buddha reçoit le 
pouvoir  spécial  de  retourner  dans  les  mondes  corrompus  pour 
délivrer les êtres : c'est la perfection de la compassion en faveur 
d'autrui (rita). 
Le  premier  de  ces  deux  transferts  est  promis  dans  le  11e
vœu d'Amida, et le second dans son 22e vœu. 

13.  Que penser  de l'opinion selon  laquelle  le  fidèle  du Shinshū
devrait  accomplir  les  activités  du  transfert  des  mérites  dans  la 
phase du retour dès la vie présente, et non pas seulement après la 
mort ?
-  Selon  les  conceptions  orthodoxes  du  Shinshū,  le  transfert  des 
mérites  dans  la  phase  du  retour  est  le  bienfait  qui sera  reçu  à 
l'instant de la réalisation de l'état de buddha. C'est la cristallisation 
du cœur positif et compatissant du Buddha en faveur de tous ceux 
qui souffrent. 

14. Si le transfert des mérites dans la phase du retourest limité à 
la vie future, le Shinshū ne voit-il pas de nécessité à venir en aide 
aux autres dès cette vie-ci ?
- Bien sûr, cela est extrêmement important. Cependant, selon les 
conceptions  orthodoxes  du  Shinshū,  une  telle  activité  n'est  pas 
dénommée « transfert des mérites dans la phase du retour ». Dans 
ce  cas,  d'autres  expressions  sont  utilisées,  comme  celles  d'« 
activités en faveur d'autrui », de « pratique de reconnaissance et de 
gratitude » ou de « service du  dāna(don désintéressé) », etc. Un tel 
esprit  de  service  est  vraiment  nécessaire  pour  les  fidèles  du 
Shinshū qui  souhaitent  réaliser  l'idéal  de  la  compassion bouddhique
et  diffuser  ainsi  l'enseignement  du  Buddha  à  toute 
l'Humanité dans notre monde actuel chaotique.



_________



50 Les  maîtres  postérieurs  à  Shinran  parlent  ainsi  de la  «  réalisation  du 
karma au milieu de cette vie-ci » (heizei gōjō).

51 L'expression vient du Sūtra des contemplations; v. Le Gué, p. 115. 

52 Les  dix bienfaits sont 1° la protection par la foule des êtres invisibles 
(myōshu goji), 2° la dotation des mérites suprêmes (shitoku gusoku),
 3° la transformation du mal en bien (temmaku jōzen), 4° 
la protection par tous les Buddha (shobutsu gonen), 5° les louanges 
par tous les Buddha (shobutsu shōsan), 6° la protection constante 
par  la  lumière  spirituelle  du  Buddha  Amida  (shinkō jōgo),  7°  la 
multiplication  de  la  joie  dans  le  cœur  (shin  ta  kangi),  8°  la 
reconnaissance  de  la  bienfaisance  du  Buddha  et  l'hommage  à  ses  mérites 
(chion hōtoku), 9° la pratique constante de la grande compassion
(jōgyōdaihi), 10° l'entrée dans le groupe des fixés dans le vrai (nyū
shōjōju). V. Kyōgyōshinshō, ch. III-65 (CWS, p. 112).

53 Shinran dit dans les Notes anthologiques de la Terre pure : «  Qui produit 
la foi et prononce le nom est enveloppé par la lumière  [d’Amida]  et obtient 
aussi des mérites infinis(muryōtoku) en la vie présente» (Nembutsu shōshin ge,
stance 9; CWS, p. 305). 

54 Comparaison tirée du Sūtra des questions de Subāhu(ou  Kōkan'yukyō). 

55 Tels le Tendai, le Shingon et le Zen. Voir Tannishō, ch. 15.

56 Kōsō-wasan 46  (CWS,  p.  372),  qui  s’inspire  du  Commentaire de 
Tanluan (vol. 2; Inagaki, p. 239). 

samedi 28 septembre 2013

Jōdo-Shinshū, kesako ??? première partie de 'Un modèle de la foi du Jōdo-Shinshū' par Ryōsetsu FUJIWARA


Voilà un texte qui à été l'objet d'un billet précédent. Il s'agit de 'Un modèle de foi Shinshû'(+appendices) écrit par ryosetsu Fujiwara, un auteur de qualité qui traite ici de l'enseignement de la Terre pure transmis par maître Shinran dans sa globalité, sous forme de questions-réponses, ces dernières ayant le grand avantage d'être très courtes. Que vous n'y connaissez rien à la Jôdo shinshû(école -ou enseignement véritable de la terre pure) ou que cela fasse des années que vous la connaissez, ce texte est d'un grand intérêt.
J'ai décidé de faire un copié-collé de ce texte mais de morceler celui-ci en fonction de ses grandes parties(I.II....). Ici je poste la première : 'Notions préliminaires' -en 15 questions- qui s'adresse plus particulièrement à ceux qui ne connaisse pas ou peu notre école et  l' enseignement. Dans la deuxième partie nous sauterons à pied joint dans l'enseignement avec le Bouddha Amida.

La traduction comme l'annotation sont du révérend Jérôme Ducor. Je m'excuse de n'avoir pas pu retranscrire les kanji (caractères sino-japonais) comme dans la traduction initiale. Cependant cela n'alterera en rien me semble-t-il la compréhension du texte.





Un modèle de la foi du Jōdo-Shinshū 



Introduction du document par Rev. Jérôme Ducor :


Le  texte  présenté  ici  est  la  traduction  adaptée  d'une  brochure 
publiée en anglais par le Révérend Fujiwara Ryōsetsu
(1905-1998) : A Standard of Shinshu Faith
Ce document présente un intérêt particulier, qui tient à la double 
qualité de son auteur. Abbé du temple Shōōji, à Izumo, le 
Rév. Fujiwara avait été formé selon la manière la plus classique à 
l'étude  du  Jōdo-Shinshū dans  les  institutions  de  sa  branche 
Honganji : il y reçut le plus haut grade scolastique, qui est celui de 
conseiller  scolastique  (kangaku),  tout  en  enseignant  à 
l'Université Ryūkoku (Kyōto). Mais, en outre, le Rév. Fujiwara 
vécut pendant plusieurs années aux Etats-Unis, où il enseigna à 
l'Institut  d'études  bouddhiques  de  Berkeley  fondé  par  la 
communauté  Honganji  américaine  (Buddhist  Churches  of 
America, BCA). Ses compétences le firent également se joindre au 
Centre  de  traduction  des  Ecritures  bouddhiques  de  l'Université 
Ryūkoku (RTC), où il publia sa traduction anglaise commentée du 
Tannishō, et il participa de même aux enseignements dispensés au 
Honganji  dans  le  cadre  de  la  préparation  à  l'ordination  des 
étrangers. 
Le Rév. Fujiwara composa le Standard of Shinshu Faith comme 
manuel de cours à l'intention des étudiants avancésdu programme 
de formation des laïcs développé par les BCA. Pour  ce faire, il 
s'inspira des « sujets de discussion » (rondai) formulés par le 
Honganji  en  vue  de  définir  avec  précision  la  doctrine  du 
Jōdo-Shinshū. Mais le grand mérite de notre auteur est d'avoir  su 
adopter un style à la fois clair et concis, tout en s'adaptant à la 
logique du lecteur occidental auquel il s'adressait. 
Ayant tiré un grand profit de cet opuscule, j'ai pensé qu'il serait 
utile  de  le  traduire,  dans  l'espoir  qu’il  profite  ainsi  au  lecteur 
francophone.  En  tant  que  manuel  de  cours,  son  texte est  très 
condensé et nécessiterait de nombreux commentaires.Cependant, 
je me suis efforcé de rester fidèle à son style en  me contentant de 
quelques  compléments  signalés  entre  crochets  dans  le  texte,  ou 
renvoyés  en  notes  de  bas  de  page.  En  outre,  les  citations  des 
Ecritures ont été traduites sur l’original, et non  sur l’anglais. Enfin, 
j’ai  ajouté  les  références  scripturaires  ainsi  que  les  caractères 
chinois à l’intention des lecteurs qui voudraient approfondir leurs 
recherches. 
On pourrait s'étonner qu'une tradition réputée pour sa simplicité 
ait tenu à donner des définitions aussi détaillées  de sa doctrine. 
C'est que cette simplicité apparente peut porter à  des déductions 
hâtives,  soit  par  carence  d'informations  sur  certaines  notions 
générales du bouddhisme, soit par manque d'une vue homogène et 
équilibrée de l'enseignement du Jōdo-Shinshū. Shinran lui-même 
dut  dénoncer  diverses  déviations  doctrinales  apparues  chez 
certains de ses disciples, et d'autres divergences  se manifestèrent 
aussi  dans  les  siècles  suivants.  Les  unes  et  les  autres  sont 
répertoriées par le Rév. Fujiwara à la fin de son exposé, afin de 
prévenir  ces  «  hétérodoxies  »  (igi),  ou  interprétations 
étrangères  à  l'enseignement  de  Shinran,  qui  peuvent nuire  non 
seulement au progrès spirituel de leurs partisans mais aussi à celui 
d'autrui.  A  l'inverse,  cette  énumération  permet  également  de 
définir  ce  que  la  doctrine  du  Jōdo-Shinshū n'est  pas.  Certes,  la 
connaissance  de  ces  explications  détaillées  n'est  pas  nécessaire 
pour  expérimenter  la  foi  du  Jōdo-Shinshū!  Cependant,  elles  se 
révéleront  utiles  à  ceux  qui  veulent  approfondir  la doctrine  de 
Shinran et, a fortiori, à ceux qui ont charge d'enseignement. 
En appendice, on trouvera les principaux vœux contenus dans le 
Sūtra  de  Vie-Infinie,  auxquels  se  réfère  le  Rév.  Fujiwara.  S'y 
ajoutent le  Symbolede la foi, qui est encore utilisée de nos jours 
dans  le  rituel,  ainsi  que  la  Règle  de  la  branche  Honganji  du 
Jōdo-Shinshū, qui constitue la définition officielle de cette école. 
Enfin,  cet  opuscule  s'achève  par  deux  textes  du  23
e patriarche  Shōnyo Shōnin (Ōtani Kōshō, 1911-2002), 
qui fut le premier patron des Communautés Shinshū d’Europe. 
Puissent tous les êtres connaître le vrai bonheur !




I. Notions préliminaires 




1. Qu'est-ce que le Jōdo-Shinshū?
-  Le  Jōdo-Shinshū est  l'enseignement  du  Buddha 
Śākyamuni  tel  qu'il  nous  a  été  transmis  à  travers  l'expérience 
religieuse de Shinran (1173-1263). 


2. N'y a-t-il pas d'autres appellations pour « Jōdo-Shinshū»?
-  Jōdo-Shinshū peut  être  abrégé  en  «  Shinshū »2
En traduction, on utilise aussi le nom de « Bouddhisme Shin »
ou de « Shin » tout court. 


3. Pour quelle sorte de gens le Shinshū a-t-il été enseigné ?
-  Le  Shinshū est  un  enseignement  de  portée  universelle,  qui 
s'adresse à l'Humanité toute entière. Cependant, cet enseignement 
vise  principalement  ceux  qui  sont  spirituellement  ignorants  ou 
portés à faire le mal. Le Shinshū ne s'adresse pas en priorité à des 
gens doués, saints et sages. 


4.  En quoi le Shinshū est-il l'une des formes du bouddhisme, et non 
pas une religion distincte de ce dernier ? 
- Les enseignements de  Śākyamuni se divisent en Petit Véhicule 
(hinayāna,  shōjō ), et Grand Véhicule (mahāyāna,  daijō).
Le Shinshū est un enseignement du Grand Véhicule et il fait 
donc pleinement partie du bouddhisme. 


5. Pourquoi inclure le Shinshū dans le Grand Véhicule ? 
- Mahāyāna signifie « grand véhicule - ou enseignement - faisant 
traverser les multitudes innombrables du cycle des  naissances et 
des morts (saṃsara) au  nirvāṇa». Or, le Shinshū permet à tous 
les êtres d'atteindre le  nirvāṇa  et d’œuvrer en faveur des autres; 
c'est  donc  un  enseignement  conforme  aux  principes  du  Grand 
Véhicule. 


6.  D'autres  systématisations  montrent-elles  la  relation  entre  le 
Shinshū et l'enseignement de Śākyamuni ? 
- Daochuo, le 4e des Sept Religieux Eminents du Shinshū3 a classé 
tous les enseignements bouddhiques en « méthode de  la voie des 
saints  »  (shōdōmon)  et  «  méthode  de  la  Terre  pure  »
(jōdomon)4
   Le Shinshū fait partie de la méthode de la Terre pure. En effet, 
il affirme que, pour ses fidèles, le parfait éveil n'est accessible que 
dans  la  Terre  pure,  et  que  la  naissance  dans  la  Terre  pure  est 
atteignable par l'éveil de la foi du Pouvoir autre(tariki). 
   Tandis que la méthode de la voie des saints enseigne comment 
atteindre l'éveil en cette vie, par nos propres forces. La méthode de 
la  voie  des  saints  constitue  donc  l'école  du  pouvoir  personnel
(jiriki). 


7. Le Shinshū est-il donc une école du Pouvoir autre ?
- Oui, le Shinshū peut être désigné comme une école du Pouvoir 
autre parce qu'il enseigne que les êtres ordinaires5 comme nous ne 
peuvent atteindre le nirvāṇa qu'à travers le Pouvoir autre. Tanluan, 
le 3e des Sept Religieux Eminents du Shinshū a été le premier à 
souligner cela6.


8. Que signifie « Pouvoir autre»? 
-  Shinran  définit  le  Pouvoir  autre  comme  le  «  pouvoir  du  vœu 
primordial  du  Venu-de-l’ainsité »7.  Seul  le  vœu  de  compassion 
d'Amida  peut  nous  mener  à  l'éveil  de  la  foi,  puis  à l'éveil 
proprement  dit.  Si  nous  pensons  accomplir  quelque  chose  de 
vertueux  par  notre  pouvoir  personnel,  c'est  que  nous  sommes 
attachés  à  notre  ego.  Cela  serait  clairement  opposé à 
l'enseignement bouddhique sur le non-attachement (mujaku), 
l'absence d'ego (muga) et le déroulement naturel des choses 
(jinen). 


9. Le Shinshū a-t-il encore un sens aujourd'hui ? 
-  Tant  qu’existent  des  êtres  ordinaires  comme  nous, le  Shinshū
conserve  tout  son  sens.  Le  Shinshū n'a  pas  été  enseigné 
principalement pour les moines et les nonnes, mais plutôt pour les 
laïcs.  Amida  n'est  pas  tant  concerné  par  les  saints,  qui  peuvent 
transcender la vie séculière et atteindre le  nirvāṇa par leur pouvoir 
personnel; les enseignements du Shinshū visent tous ceux qui sont 
liés  par  les  passions  humaines  dévorantes  et  accablés  par  les 
nombreuses souffrances du monde. Autour de nous, le monde tout 
entier souffre de cette crise crée par notre ego insondable. Dans 
l'instabilité et l'agitation du monde actuel, nous  pensons d'autant 
plus que le Shinshū- en raison de la simplicité de sa pratique aussi 
bien  que  de  l'excellence  de  sa  doctrine  -  est  la  voie  la  plus 
immédiate pour trouver la paix spirituelle éternelle et infinie. 


10. Quel fut le premier maître à désigner cet enseignement sous le 
vocable de « Shinshū»ou de « Jōdo-Shinshū»? 
-  Shandao,  le  5des  Sept  Religieux  Eminents,  utilisa  le  terme  
Shinshūdans ses écrits8 .Hōnen, le 7de ces Religieux, se fondait 
exclusivement sur Shandao et il réunit ses disciples sous le nom de 
Jōdoshū (Ecole  de  la  Terre  pure)9. Mais  ce  fut  Shinran  qui 
dénomma Jōdo-Shinshū ce courant du nembutsu. 


11. Qu'entendait Shinran par « Jōdo-Shinshū»?
- Littéralement,  jōdosignifie « terre (do) pure (jō) »;  shinsignifie « 
véritable », et  shūsignifie « principe », « enseignement » ou « 
école  ».  Pour  Shinran,  Jōdo-Shinshū signifiait  «  Enseignement 
véritable de la Terre pure » ou « Enseignement véritable de l'Ecole 
de la Terre pure »10


12. Ce n'est donc pas le nom d'une école fondée par Shinran ? 
- Pas à l'origine. Shinran lui-même utilisait cette appellation pour 
désigner  «  l'enseignement  véritable  »  (shinshū)  que  lui  avait 
transmis son maître Hōnen. L'intention de Shinran en écrivant son 
œuvre principale, le  Kyōgyōshinshō, était seulement de clarifier 
l'essence  de  cet  enseignement.  Il  n'avait  donc  pas  l'intention  de 
fonder  une  école  nouvelle.  Il  respectait  de  tout  cœur  Hōnen 
comme l'enseignant et le fondateur du Jōdo-Shinshū. 
Cependant, cette attitude d'effacement de Shinran lui attira encore 
plus de respect de la part de ses propres disciples, et une nouvelle 
école  se  créa  spontanément.  Ainsi,  ses  disciples  en vinrent  à 
considérer  Shinran  comme  leur  fondateur  (shūso)  et  ils 
nommèrent « Jōdo-Shinshū» cette nouvelle école. 


13.  Puisque  Shinran  ne  se  considérait  pas  lui-même  comme  un 
fondateur,  comment  ses  adeptes  en  vinrent-ils  à  fixer  une  date 
pour la fondation du Jōdo-Shinshū en tant que nouvelle école ? 
- C'est graduellement qu'ils la fixèrent à 1224 (1 ère année de l'ère 
Gennin, sous le règne de l'empereur Go-Horikawa). Cette année 
étant mentionnée dans le Kyōgyōshinshō11, on a supposé que c'est 
la date à laquelle Shinran acheva cet ouvrage, dans lequel il utilise 
le terme « Jōdo-Shinshū» et révèle la vérité de cet enseignement. 


14.  Dans  la  transmission  du  Shinshū,  quelle  est  la  norme  pour 
déterminer si certaines opinions sont correctes ou non ? 
- D'une manière générale, la norme est constituée par les Ecritures 
du Shinshū, tels les  Trois Sūtra fondamentaux, les commentaires 
des Sept Religieux Eminents, les écrits du fondateur Shinran et les 
enseignements  des  patriarches  du  Honganji.  Mais  le  canon 
fondamental est le Sūtra de Vie-Infinie(ou Grand Sūtra) avec les 
propres écrits de Shinran. 


15.  Doit-on  tenir  compte  de  certains  points  particuliers  en 
diffusant l'enseignement du Shinshū? 
-  Oui.  Pour  une  meilleure  compréhension  du  Shinshū et  pour 
éviter  des  interprétations  erronées,  la  branche  Honganji12  a 
sélectionné  un  certain  nombre  de  sujets  de  discussion  sur  la 
doctrine et sur la foi. Les sujets de discussion sur la foi sont au 
nombre de trente13 . Leur formulation originelle n'est pas aisée à 
comprendre en raison de leur terminologie et de leurs expressions 
classiques.  C'est  pourquoi  l'auteur  de  ces  lignes  s'est  efforcé
de  résumer  les  principaux  d'entre  eux  et  les  a  réorganisés, dans 
l'espoir de constituer un guide utile pour ceux qui s'engagent dans 
la diffusion du Shinshū en Occident. 

(à suivre)

suite :



temple Bouddhique Jodo Shinshu, Japon
Le Nishi Honganji, temple mère de l'une des plus grandes branches du Jôdo Shinshû, auquel appartient l'auteur du texte. Si il y existe quelques petites différences au niveau liturgique entre les différentes branches du Shinshû, il n'y en a pas concernant l'enseignement. _/\_


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2 A ne pas confondre avec  shintō (« voie des esprits »), nom de la 
religion indigène du Japon. 

3 Les Sept Religieux Eminents (shichi  kōsō) sur lequel se fonde 
Shinran sont les Indiens Nāgārjuna (IIes.) et Vasubandhu (IVes.),
les Chinois  Tanluan (476-542), Daochuo (562-645) et Shandao (613-681),  
ainsi que les Japonais Genshin (942-1017) et Hōnen (ou Genkū , 1133-1212).

4 V. son Recueil de Bonheur-Paisible, cité par Hōnen : Le Gué, p. 43-46. 

5 Les êtres ordinaires (bombu) sont tous ceux qui sont incapables de 
se sanctifier en cette vie-ci, contrairement aux saints (shōja).

6 V. le Commentairede Tanluan, cité par Hōnen : Le gué, p. 53-54.

7 V. plus bas (dans autre partie bientôt diponible)
 : V-6. « Venu-de-l’ainisté » est l'un des titres de tout Buddha 
(v. plus bas, II-12), mais s’applique ici au BuddhaAmida. 

V.  la  conclusion  de  son  Commentaire (vol.  4),  citée  dans  le  
Kyōgyōshinshō(ch. II-72; CWS, p. 55).

9 V. Le gué, p. 197 et suivantes. 

10 Shinran utilise ce nom dans les deux sens suivants : a) la méthode de la 
Terre  pure  (jōdo)  est  l’enseignement  véritable  (shinshū)  du  Buddha
(jōdo sunawachi shinshū), la raison de sa venue en ce monde; b) l’enseignement   
reçu par Shinran est l’enseignement véritable de l’Ecole de la Terre pure de 
Hōnen (Jōdo no shinshū), par opposition aux interprétations de certains de 
ses autres disciples.

11 Ch. VI-79 (CWS, p. 244). 

12 Liste détaillée dans appendice Chapitre III

13 En  1925,  le  Collège  des  conseillers  scolastiques  du  Honganji 
(Kangakuryō) a arrêté 100 sujets de discussion, dont 70 portant sur la 
doctrine (kyōgi rondai) et 30 sur la foi (anjin rondai); ces 
derniers ont été ramenés à 25 en 1964, et à 17 en 2002.