Affichage des articles dont le libellé est religion. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est religion. Afficher tous les articles

dimanche 22 mars 2020

Nouvel ouvrage à paraître !

UN OUVRAGE A PARAITRE TRES PROCHAINEMENT (et en précommande) !
Vu sur le site du Révérend Ducor :

" Tanluan: Commentaire au Traité de la naissance dans la Terre Pure de Vasubandhu, texte établi, annoté et traduit par Jérôme Ducor (à paraître au printemps 2020)"

🙏 🙏🙏 📿

Traduit le révérend Jérôme Ducor de l'école JōdoShinshū , officiant au Shingyō-ji de Genève.

Ici sur Decitre.fr
Ici sur LesLibraires.fr
Ici sur Placedeslibrairies.fr


Le révérend Ducor a déjà traduit par exemple :
Shinran - Un réformateur bouddhiste dans le Japon médiéval Présentation par l'auteur dans l'émission hebdomadaire de France 2 sur les religion
et Hônen : Le gué vers la Terre Pure (Senchakushû) - "Lauréat 2008 du Prix de la Traduction francophone de la Littérature Japonaise de la Fondation Konishi pour les Echanges Internationaux (Konishi Kokusai Koryu Zaidan - Nichi-Futsu Hon'yaku Bungaku Sho)."

A propos de ce dernier :
" Monsieur le Président,Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Je suis très heureux de vous accueillir en ma Résidence à l’occasion de la treizième édition du Prix franco-japonais de la traduction littéraire de la Fondation Konishi pour les Echanges Internationaux et j’aimerais tout d’abord adresser mes plus sincères félicitations au lauréat, Monsieur Jérôme DUCOR.
Ce prix, créé en 1994, vit son origine des dernières volontés de l’éminent écrivain que fut Yasushi INOUE aux fins de récompenser des travaux de traduction de chaque pays : français/japonais et japonais/français. Depuis 13 ans ce prix perpétue cette initiative en encourageant les traducteurs et en participant au développement de la japonologie en France. Je saisis cette occasion pour apporter ici le témoignage de ma profonde gratitude envers la Fondation Konishi et je remercie très sincèrement son Président, Monsieur Ryusaku KONISHI, venu tout spécialement du Japon pour cette cérémonie. J’aimerais également exprimer toute ma reconnaissance aux membres du jury qui ont eu la lourde et délicate tâche de délibérer autour d’ouvrages d’une extrême précision malgré un emploi du temps très chargé
Je voudrais maintenant évoquer la traduction de Monsieur DUCOR « Le gué vers la Terre Pure, Senchaku-shû ». Ce livre a été écrit par Hônen, fondateur d’une école de bouddhisme « L’école de la Terre Pure » à la demande d’un de ses disciples afin d’en définir les principes. Monsieur DUCOR s’est appliqué à traduire cet ouvrage de manière à rendre accessible à un grand nombre de Français l’enseignement de Hônen contribuant en cela à enrichir les études japonaises en France dont on constate une forte évolution principalement dans le domaine des religions. Je me réjouis aussi que ce prix ait couronné la traduction d’un document qui permet à une pensée japonaise ancienne de 800 ans d’être approchée aujourd’hui par un large public et je tiens à saluer ici les mérites du lauréat.
Comme vous le savez, cette année marque le 150ème anniversaire des relations franco-japonaises et plus de 700 manifestations sont organisées en France. Je souhaite qu’à l’occasion de cette année commémorative, ce prix favorise encore davantage le rayonnement de la japonologie en France et permette de renforcer les liens académiques entre les deux pays.
Pour conclure, permettez-moi de congratuler à nouveau Monsieur DUCOR pour qui je forme des vœux de grands succès dans ses prochains projets.
Je vous remercie de votre attention. " 

Allocution de Monsieur l’Ambassadeur IIMURA à l’occasion de la remise du Prix KONISHI à la Résidence le 14 novembre 2008

jérôme Ducor
Révérend Jérôme Ducor dans l'émission sagesse Bouddhiste.


En attendant il y a l'excellente traduction du révérend zuio hiaso Inagaki en anglais que vous pouvez commander ici.

J'ai Hâte ! ! ! 🙏

lundi 1 janvier 2018

Les sources de la Sukhavati par jérôme Ducor (PDF)

Voici un texte de qualité que je souhaitais relayer - pour celles et ceux ne le connaissant pas encore.

LES SOURCES DE LA SUKHAVATI,
AUTOUR D’UNE ÉTUDE RÉCENTE DE G. FUSSMAN
de jérôme Ducor
Publié dans Journal of the International Association of Buddhist Studies
Volume 27 Number 2 2004

Ci-dessous l'introduction du texte puis plus bas, le texte entier en format PDF.


" Le quart de siècle écoulé a vu un renouvellement important de l’étude des
sources indiennes relatives à la Bienheureuse (Sukhavati), ce champ de
buddha (buddhaksetra) du Buddha Amitabha/Amitayus, dont le culte se
développera ultérieurement dans la tradition sino-japonaise de la Terre Pure.
Ce renouveau est d’autant plus significatif que le sujet a longtemps été
considéré comme relevant d’un bouddhisme de seconde zone par les indianistes
occidentaux. Certes, on n’en est plus aux invectives de F.M. Müller
mais le temps n’est pas loin où André Bareau pouvait encore écrire à propos
du culte d’Amitabha: “À une religion construite pour des surhommes,
héros doublés d’ascètes et de penseurs, se substitue une religion destinée
à la masse des gens dépourvus d’énergie, de moralité et d’intelligence”.

Cependant, ce regain d’intérêt témoigne aussi de la difficulté pour bien des
spécialistes à maîtriser des sources aussi diverses que l’épigraphie
et la littérature canonique indiennes, les traductions chinoises avec leurs repè-
res chronologiques ou les études de leurs collègues orientaux. En témoigne,
notamment, le long article publié par Gérard Fussman sur “La place des
Sukhavati-vyuha dans le bouddhisme indien” (JA 1999). Celui-ci soulève
plusieurs points litigieux, tant sur les sources que sur leur interprétation, et
on trouvera ici quelques observations à leur sujet. Sans prétendre à l’exhaustivité,
elles rassemblent des informations souvent difficiles d’accès. "



Statue Amitabha archéologie Inde
Piéestal d'une statue d'Amitabaha trouvée à Govind Nagar et conservé au Musée de Mathura, Inde.
Datée de 104 ap. JC.






Si vous souhaitez télécharger ce pdf, veuillez cliquer ici.


Pour finir laissez moi vous souhaite une très très belle année,à vous et à vos proches.
Prenez bien soin de vous.
et n'oubliez pas: celui qui boit ne conduit pas !


vincent

p.s : J'essayerai de poursuivre la reprise de mon blog cette année.


jeudi 14 novembre 2013

Une mystique bouddhique des pauvres par dennis Gîra

   C'est avec un grand plaisir que j'ai pu lire ce texte il y a quelques années. L'auteur, professeur spécialiste du bouddhisme, y livre un texte clair et concis (si vous considérez la période donnée) sur l'école de la Terre Pure de la lignée de Shinran. 
A noter que l'on ne reprochera pas à ce chercheur de faire l'apologie de l'école de la Terre Pure, étant lui-même un catholique ne cachant pas sa foi chrétienne. (voir une biographie concise à la fin de son article)


*   *   *


Une mystique bouddhique des pauvres


«Lorsque je contemple l’enseignement, la pratique, la foi et l’illumination dans la doctrine véritable du bouddhisme de la Terre pure, ils apparaissent comme les bénéfices accordés par le Tathâgata1 dans sa Grande Compassion. Donc, qu’il s’agisse de la cause ou de l’effet (de naissance dans la Terre pure), il n’y a rien qui ne soit don accompli de l’Esprit du Vœu pur du Tathâgata. Et puisque la cause est pure, l’effet aussi est pur. Nous devons le savoir».
Shinran Shônin (1173-1261)2.


Introduction

En France aujourd’hui, quiconque commence un article sur la mystique bouddhique, attend probablement une présentation de la tradition zen ou peut-être une analyse des diverses pratiques qui caractérisent l’une ou l’autre école du bouddhisme tibétain. C’est que, au cours des dernières décennies, de nombreux Français, souvent déçus par leur expérience du christianisme, se sont tournés essentiellement vers ces deux formes de bouddhisme pour y chercher un chemin de vie intérieure. Il faut aussi reconnaître que les images fournies par les média renforcent cette tendance à associer la mystique bouddhique à la maîtise de soi, à la discipline mentale etc. qui, dans l’imaginaire occidental, caractérisent ces deux traditions. Autrement dit, les voies que propose le bouddhisme zen et le bouddhisme tibétain peuvent donner l’impression d’être relativement exigeantes et donc réservées, dans un certain sens, aux individus doués d’une «richesse spirituelle» réelle. Le rôle que l’homme doit jouer dans sa propre démarche spirituelle est mis en évidence. Cette valorisation de diverses formes de pratiques contemplatives bouddhiques s’accompagne souvent d’un intérêt renouvelé pour les grands mystiques chrétiens qui constitueraient, pour les personnes soucieuses de mettre en évidence l’unité transcendante de toutes les religions, des ponts entre christianisme et bouddhisme grâce à leur expérience immédiate de l’Ultime.

Dans cet article pourtant je ne parlerai ni du bouddhisme zen, ni du bouddhisme tibétain, ni d’une mystique qui exigerait une grande capacité spirituelle et une véritable assiduité dans la pratique. Ce n’est évidemment nullement pour les mettre en question, mais simplement pour montrer que dans la grande tradition bouddhique, il est une autre forme de mystique, inconnue de la plupart des occidentaux, et qui se fonde sur la conscience que l’homme peut avoir de sa propre faiblesse, de son incapacité de s’adonner à des prouesses qui l’assureraient d’une véritable croissance spirituelle. Cette mystique, que l’on pourrait appeler une «mystique des pauvres»3 représente l’aboutissement de toute une évolution qui s’est faite en Chine et au Japon au sein du bouddhisme de la Terre pure (ou Amidisme), une des tendances principales du bouddhisme du Mahayana (Grand Véhicule)4. Shinran Shonin (1173-1262), qui a mené cette évolution à son terme, est parfois appelé le Martin Luther du bouddhisme japonais car il pense que l’homme ne peut en rien participer activement au processus de son propre salut. Tout est accompli en lui, et totalement indépendamment de lui, par le Bouddha Amida. Cette intuition nous laisse percevoir une connivence possible entre l’expérience mystique la plus profonde de l’homme qui se fie totalement à l’Amida et l’expérience chrétienne. Mais il faut toujours garder à l’esprit que la tradition amidiste se situe à l’intérieur du bouddhisme du Grand Véhicule, là où, au niveau de la vérité plénière, tout discours qui impliquerait l’altérité n’est que relatif.

Puisque l’essentiel de cette tradition est sans doute inconnu aux lecteurs, il sera utile dans un premier temps d’expliquer l’origine de l’Amidisme. Dans un deuxième temps nous tournerons notre regard vers quelques-uns des grands «patriarches» de la tradition de la Terre pure en Inde et en Chine. Cela nous permettra de voir comment cette nouvelle «mystique des pauvres» a pris forme petit à petit à travers les siècles dans des cultures très différentes les unes des autres. Enfin, nous réfléchirons à l’expérience et à l’enseignement des maîtres japonais, surtout à ceux de Shinran Shônin. Ce dernier, en effet, a complètement bouleversé le monde bouddhique de son époque et a exercé une influence si considérable sur le peuple japonais qu’elle continue jusqu’à nos jours. L’école qui se réclame de lui est parmi les plus importantes du Japon, nettement plus importante, si on en juge par le nombre d’adhérents, que le zen. Ces trois premières parties permettront au lecteur de mieux comprendre la réflexion, qui sera ma conclusion, sur le cœur de cette «mystique bouddhique des pauvres».


L’origine du bouddhisme de la Terre pure

Ceux qui sont quelque peu familiers du bouddhisme connaissent déjà l’histoire de Shakyamuni, né en Inde du Nord il y a 2500 ans, et qui doit à une expérience spirituelle extraordinaire d’avoir reçu le titre de «Bouddha» ou d’«Eveillé» et les quatre nobles vérités de son enseignement5. Ils seront aussi au courant de quelques-uns des développements les plus importants de cette tradition et qui expliquent les divisions dont elle souffre encore de nos jours. Mais comment définir exactement le bouddhisme de la Terre pure? Et d’où vient le Bouddha Amida qui y est l’objet principal de vénération? S’agit-il vraiment du bouddhisme ou en est-ce une forme déviante créée sous l’influence de sensibilités religieuses qui n’ont rien en commun avec l’enseignement du Bouddha lui-même? Pour répondre à ces questions il faut rappeler quelques points fondamentaux concernant le Bouddha et la vision bouddhiste «classique» du monde et de la condition humaine.

Tout d’abord il faut savoir que les textes les plus anciens de la tradition bouddhique postulaient l’existence consécutive, dans notre monde, de plusieurs Bouddhas. Ces Bouddhas, dont le dernier venu était Shakyamuni, avaient en commun le but de faire connaître à tous les êtres vivants de notre monde la loi libératrice exprimée dans les quatre nobles vérités. Mais les hommes de ce monde ont beaucoup de mal à comprendre, au sens plein du terme, ces vérités, et à les intégrer à leur vie quotidienne. En effet, ce sont des êtres qui, dans leur quête de la vérité, sont bousculés et détournés de la Voie par leurs passions et leurs illusions. Cela veut dire en d’autres termes que la terre (ou le monde) sur lequel ces Bouddhas ont exercé leur influence est une «terre impure», une terre où coexistent la vérité exposée par ces Bouddhas et les passions qui la cachent aux hommes et qui la rendent parfois inaccessible.

Or, selon la cosmolgie bouddhique, il existe aussi beaucoup d’autres mondes, chacun avec son propre Bouddha qui, comme Shakyamuni l’a fait pour l’homme de notre époque (c’est-à-dire de notre période cosmique), enseigne la vérité aux êtres qui y habitent. Parmi ces mondes, il y en a qui sont impurs comme le nôtre, mais il existe aussi des mondes où les êtres ne sont pas encombrés par les passions. Les êtres heureux qui y vivent, arrivent immédiatement à l’Eveil en entendant la parole de leur Bouddha. Ce sont, un un mot, des «terres pures». Et le Bouddha de l’une de ces terres s’appelle (en sanscrit) Amitâbha ou Amitâyus, ce qui veut dire «Lumière incommensurable» ou «Longévité incommensurable». Dans la transcription japonaise, les trois premières syllabes de ces deux noms deviennent Amida, d’où l’autre nom de la tradition de la Terre pure, l’Amidisme.
Dans ce qui vient d’être dit sur la Terre pure, il y a pourtant une chose à ajouter: Amida «règne» sur sa Terre pure et il conduit tout être vivant qui y naît, à l’Eveil. Ceci est très bien pour ces êtres là, mais les homme nés dans la terre impure que nous connaissons sont toujours assujettis à leurs passions. Et c’est vers le Bouddha Shakyamuni qu’il leur faut se tourner s’ils veulent suivre le chemin difficile qui mène à l’Eveil. En bref, cette histoire d’une Terre pure est bien belle, mais elle semble au premier abord n’avoir aucun rapport avec les être de notre monde.

Pourtant dans l’énorme canon bouddhique, on peut trouver un groupement de sûtra qui racontent toute l’histoire d’Amida, de sa Terre pure et, ce qui est pour nous d’une importance capitale, du lien qui existe entre d’un côté ce Bouddha et sa Terre et, de l’autre, les êtres de toutes les autres terres du vaste univers bouddhique, y compris la nôtre6. Ce sont ces sûtra •• qui font le pont, pour ainsi dire, entre la Terre pure d’Amida et la terre impure de notre expérience et qui constituent donc la base de ce qui allait devenir l’un des courants de pensée les plus importants de toute l’histoire du bouddhisme.

C’est dans «le Grand sûtra de la vie infinie»7, traduit en chinois en 252 de notre ère, que nous trouvons le récit, fait par le Bouddha Shakyamuni lui-même, de l’origine d’Amida. Ce récit est donné en réponse à une question posée par Ananda, l’un de ses disciples préférés. Un jour, voyant l’exceptionnelle luminosité de Shakyamuni, Ananda l’interroge sur la cause de cet état. Le Bouddha adresse ses félicitations à son disciple pour l’intelligence qu’il montre en posant cette question et souligne que ce qui suit sera un enseignement d’une extrême importance car il manifestera à tous les êtres vivants le moyen d’obtenir le véritable bonheur.

Shakyamuni raconte que d’innombrables kalpa (périodes cosmiques d’une durée incalculable) auparavant, au temps du Bouddha Lokesvara-râja, un roi, qui avait entendu l’enseignement de ce dernier, a décidé de se faire moine et a tout abandonné. Devenu moine, il a pris le nom de Dharmâkara, et a demandé à Lokesvara-râja de lui révéler les différents aspects des myriades de terres qui constituent l’univers. Il a médité sur ces terres pendant de nombreux kalpa et a finalement formulé dans son esprit une terre idéale, surpassant toutes les autres en qualité, et sur laquelle il règnerait en tant que Bouddha. Dharmâkara a calculé en même temps quelles pratiques devraient être accomplies pour constituer cette terre, puis il a prononcé 48 vœux exprimant d’abord sa propre résolution d’accumuler les mérites en question et ensuite les conditions auxquelles il accepterait de devenir Bouddha8.

Shakyamuni continue et explique qu’en réalité Dharmakara a déjà accompli les pratiques nécessaires, devenant ainsi le Bouddha Amida qui règne sur son Paradis, et ce depuis des kalpa. Ceci avait un sens extraordinaire pour l’homme de notre monde, car parmi les vœux prononcés par Dharmâkara se trouve celui-ci:
«Si, moi devenu Bouddha, tous les êtres vivants dans toutes les directions de l’univers qui, de tout leur cœur, se réjouissent dans la foi et désirent renaître en ma terre, n’y renaissent pas, même avec seulement dix nenbutsu, je ne veux pas du parfait Eveil»9

Il est important de noter ici que les idéogrammes dont est composé le terme sino-japonais du nenbutsu sont très ambigus, d’où la possibilité de tout le développement doctrinal ultérieur au sein de la tradition de la Terre pure. Le sens fondamental de nenbutsu est de «méditer sur le Bouddha», ce qui est fidèle au sanscrit original (buddhânusmrti). Cette pratique méditative (ou contemplative) était en fait assez difficile et réservée à des adeptes déjà très avancés sur la voie bouddhique. Plus tard, pourtant, le même terme a été utilisé pour indiquer l’invocation du nom d’Amida dans la formule «Namu Amida butsu» (Vénération au Bouddha Amida), une pratique très simple et donc accessible aux fidèles incapables de poursuivre une voie qui exigeait des exercices spirituels plus difficiles. On voit déjà là les racines de notre «mystique bouddhique des pauvres».

Le cœur de la doctrine de la Terre pure est l’idée suivante: l’homme de notre monde, qui aura toujours du mal à atteindre l’Eveil à cause de ses propres passions, peut se tourner dans la foi vers Amida, pratiquer le nenbutsu et ainsi renaître dans sa prochaine vie dans la Terre pure de ce Bouddha plein de compassion. Là, il verra Amida, face à face, entendra son enseignement et le comprendra alors immédiatement dans toute sa profondeur; car dans cette Terre pure il n’existe ni illusion, ni passions aveuglantes.


Evolution de la doctrine de la Terre pure
Les maîtres indiens

Nâgârjuna (entre 150-250 après Jésus Christ)
Le grand maître, qui a jeté le jalon de la doctrine de la Terre pure, était Nâgârjuna, sans doute l’un des penseurs les plus importants de l’humanité. Pas moins de huit écoles bouddhiques en Extrême-Orient le considèrent comme leur fondateur. C’est en écrivant sur un des stades les plus avancés de la voie du bodhisattva (proposée surtout dans le bouddhisme du Grand Véhicule), que Nâgârjuna a fait un commentaire qui allait devenir l’un des piliers de toute la réflexion de la tradition de la Terre pure. C’est dans le Dasabhûmikavibhasa10 qu’il explique que, dans ce monde, il y a des routes très difficiles sur lesquelles il faut voyager à pied et qui sont, en conséquence, très fatigantes. En même temps pourtant, dit-il, il existe des voies fluviales et maritimes sur lesquelles on peut voguer sans dépenser son énergie. La voie du bodhisattva, fait-il remarquer, est semblable. Sur cette voie, on peut se discipliner en s’adonnant à des pratiques austères et longues afin d’atteindre son but; mais on peut atteindre le même but beaucoup plus facilement et rapidement, en se tournant vers le Bouddha dans la foi. Nâgârjuna a appelé la première de ces deux possibilités «la pratique difficile» et la deuxième «la pratique facile». Il semble que pour lui la «pratique difficile» ait été préférable, celle dite «facile» étant réservée aux bodhisattvas moins doués. Mais il faut toujours garder à l’esprit qu’à cette époque, même cette pratique facile était en réalité assez exigeante, car le fait de se tourner vers le Bouddha dans la foi impliquait une certaine maîtrise de soi, qui se traduisait par une contemplation du Bouddha, c’est-à-dire par la pratique du nenbutsu dans le premier sens du mot (nenbutsu contemplatif). Parler de pratique facile ne signifiait donc pas évoquer une pratique véritablement accessible au plus grand nombre.

Vasubandhu (quatrième siècle de notre ère)
Environ deux siècles après Nâgârjuna, un autre grand maître indien, Vasubandhu, a élaboré une solide méthode de pratique du nenbutsu, ce qui allait ouvrir la voie à des développements ultérieurs au sein de la tradition de la Terre pure. Selon lui, quiconque se tourne vers Amida dans la foi doit s’adonner aux cinq exercices spirituels11 :

  1. rendre hommage à l’image d’Amida;
  2. louer le nom d’Amida en l’invoquant dans la formule du nenbutsu (Namu Amida butsu);
  3. désirer et chercher avec un esprit unifié la renaissance dans la Terre pure;