mardi 11 novembre 2014

Enseignants

Il est temps pour moi de présenter les enseignants qui m'ont permis de découvrir et de vouloir en savoir plus sur l'enseignement de cette école. Je dis citer car je ne suis pas douer pour en parler plus que cela, néanmoins cela faisait un certain temps que je souhaitais évoquer quelques enseignants que j'ai eu l'occasion de rencontrer que cela soit en "vrai" ou par le net et qui ont spécialement compté.






 L'année dernière j'ai eu le grand plaisir de rencontrer Jérôme Ducor, religieux de la Jôdoshinshû officiant en Genève au temple Shigyôji. J'avais eu la chance de lire son livre Shinran un réformateur bouddhiste dans le japon médiéval en 2008. 
Non seulement j'avais pu lire enfin Shinran en Français mais de plus l'ouvrage s'est avéré pour ma part excellent, relatant la vie de ce moine du XIII ème avec d'une manière simple et respectueuse tout en ne faisant pas de prosélytisme. Sa biographie plaisante à parcourir s'articulant fort bien bien avec l'Enseignement de la Terre Pure qu'il a transmis. Je conseille ce livre à toutes et tous.
Il est de plus appréciable que sa connaissance de la langue nippone et sachant lire le chinois  associé au fait qu'il ai une maîtrise dans cette école (Kyoshi) nous permette d'aller au plus prêt des textes de notre tradition.





 Sur le web j'ai pu faire la rencontre de Paul Roberts qui, si il n'a pas le niveau universitaire de révérend Ducor ni l'ordinnation de bonze, oeuvre sur internet sur son forum de discussion avec un autre compatriote américain. 
Ses billets sont souvent très long, le ton est direct et personnel et si je ne le contact plus depuis un certain temps il reste pour moi une référence bien que cela ne fasse qu'un peu plus d'une dixaine d'année qu'il enseigne par ce biais. Je n'ai pas eu de très longue discussions en privée avec lui mais par ses messages publiques il a su m'aider à y voir plus clair dans l'enseignement.


Si l'on me demandait " Qu'est ce qu'un bon enseignant pour toi ?" je répondrais :  une femme ou un homme étant disponible afin de partager les mots des sutras et des maitres avec autrui. C'est également quelqu'un s'appuyant régulièrement sur sur ce qu'on écrit les patriarches et sur les dits du Buddha. Une personne vous montrant la voie vers le don d'Amida qu'est la Foi sans s'en enorgueillir, n'essayant pas de faire de sa personne le point central de son message mais se tournera toujours vers le Voeu.  Elle/Il ne se sentira pas indispensable à votre libération car au final, seul Amida sauve.

Je dois citer d'autres enseignants qui comptent pour moi. Voici 4 noms vers qui je peux vous orienter les yeux fermés :

Zuiken sensei Enseignant Jôdo Shinshu très apprécié. Il a écrit en Japonais des dixaines d'ouvrages. Son style "zen", est direct et sans concession. Un enseignant toujours très inspirant ! je vous conseilles tout particulièrement ses poèmes 

Hisao Inagaki, fils de zuiken Inagaki. Il a traduit plusieurs ouvrages important de notre tradition en anglais. Citons les 3 Sûtras de la Terre Pure, le Commentaire de Tan Luan sur un traité de maître Vasubandhu à propos de la Terre Pure ainsi que l'oeuvre principale de Shinran : le Kyôgyôshinshô (KGSS).

Eiken Kobai un enseignant restituant très bien l'enseignement de Maître Shinran à travers ses livres. Paul roberts aime se s'en réfèrer souvent très souvent.

George Gatenby, qui a travaillé avec les deux premier vit en Australie. Lui aussi très disponible il à un site que j'affectionne particulièrement ou il commente les hymnes, les wasans de Maitre Shinran il s'agit de Notes on the Nembutsu. Cet été il a ouvert un nouveau site, encore une fois, de la grande qualité : The Udumbara Flower.

Richard St Clair, un américain qui oeuvre avec Paul Roberts sur 'True Shin Buddhism'. Son site est vraiment bien fait. Vous y retrouverez par exemple l'intégralité des Lettres de Rennyo (Ofumi ou Gobunsho) traduites par Ann Rogers et Minor Rogers.




" Des compagnons de la pratique exclusive du nembutsu se disputent en disant qu'un tel est "mon disciple" ou "le disciple d'un autre". Voilà une objection hors de propos !

Quant à moi Shinran, je n'ai même pas un seul disciple.

Voici pourquoi. Si je faisais dire le nembutsu aux gens par mon calcul personnel, cela ferait bien d'eux mes disciple. Mais il serait complètement incensé d'appeller "mes disciples" les gens qui disent le nembutsu recu des sollicitations de 'Mida.

S'il y a des conditions pour qu'ils me suivent, ils m'accompagnent, s'il y a des conditions pour qu'ils me quittent, nous nous quittons. Mais prétendre que celui qui se détoune de son maître pour commémorer le Bouddha (Nembutsu) en se joignant à un autre n'irait pas naître dans la Terre Pure, cela est injustifiable. Veulent-t-ils dire qu'ils lui reprendraient, comme si elle leur appartenait, la foi dont l'a gratifié le Venu-de-l'ainsité [Amida] ? Encore une fois cela ne doit point être !

Si nous sommes en adéquation avec le principe de spontanéité, nous reconnaîtrons la bienfaisance du Bouddha et, aussi bien, la bienfaisance de notre maître. "



Maître Shinran cité par un disciple dans le Tannishô (notes déplorant les divergences) Chapitre VI.
Traduit par Révérend jérôme Kenshô Ducor. _()_

lundi 3 novembre 2014

pensée..


Tous les bouddhistes ne méditent pas

Tous les bouddhistes ne sont pas végétariens (même si je le suis)

Tous les bouddhistes ne sont pas des sages

Tous les bouddhistes ne sont pas 'cool', calmes et souriants à longueur de journée (je confesse que pour ma tof de profil..)

Tous les bouddhistes ne comptent pas sur leur propres forces pour réaliser l'Eveil.

Gasshô



vincent
29 Octobre 2014




dimanche 20 juillet 2014

Un extrait tiré du Sûtra d'Amida




" Qu'en penses-tu, Sâriputra? Pour quelle raison ce Tathâgata est-il 

nommé 'Vie-Infinie' (Amitâyus)? En réalité, Sâriputra, c'est parce que la 

mesure de la vie de ce Tathâgata et des hommes [qui habitent son 

Univers] est infinie(1). C'est pour cette raison que ce Tathâgata est 

nommé 'Vie-Infinie'. Et Sâriputra, il y a dix périodes cosmiques que ce 

Tathâgata s'est éveillé de l'éveil complet, correct et insurpassable.(2)





"Qu'en dis-tu, Sâriputra? Pour quelle raison ce Tathâgata est-il nommé 

Lumière infinie' (Amitâbha). En réalité, Sariputra, c'est parce que la 

splendeur de ce Tathâgata est sans obstacles dans tous les champs de 

Buddha. C'est pour cette raison que ce Tathâgata est nommé 'Lumière-

Infinie'. Et, Sâriputra, ce Tathâgata a une communauté innombrable 

d'auditeurs, de saints purs, dont il n'est pas facile de dire le nombre. Tels 

sont, Sâriputra, les déploiements de qualités de champ de buddha dont 

s'orne ce champ de buddha(3).





Shakyamuni Buddha
Extrait du petit Sukhavati-vyuha sutra
d'après la traduction de friedrich Max MÜLLER
Tiré de 'Le Sutra d'Amida préché par le Buddha'.Traduction de jérôme Ducor




Notes par jérôme Ducor :
(1) Le tibétain dit: " SarIputra, c'est parce que la mesure de la vie du Tathâgata Vie-Infinie est infinie."
(2) Dans le tibétain, cette phrase vient au milieu du paragraphe suivant.
(3) Cette phrase manque dans le tibétain





¤                             ¤                             ¤




Voici donc un extrait en français issu du Sûtra dit d'Amida ou petit Sûkhavati-vyuha issu de la version sanskrite traduite en anglais par friedrich Max MÜLLER



Dans ce Sutrâ, l'un des plus populaires en asie, Le Buddha Shakyamuni parle à son disciple Shariputra, premier en sagesse. Je dit bien parle à et non parle avec car ce texte  est un monologue de l'éveillé Shakyamuni dont le sujet est le Buddha Amida et sa Terre Pure de l'Ouest. 


Le Venu-de-l'Ainsité Shakyamuni nous dit oû se trouve cette terre pure et LE pourquoi du nom de cet éveillé Amida puis décrit les ornements de ce champ de Buddha, par la suite le nembutsu y est exposé et enfin les buddhas des six directions exhorte les êtres à accepter ce sutra loué et protégé par tous les Buddhas. 


A noter que ce Sûtra est particulièrement apprécié pour les liturgies, non seulement pour son contenu doctrinal mais également pour sa briéveté. En effet la traduction de Kumarajiva ne fait pas plus de 5 pages (~17x22cm).



Vous pouvez retrouver ce sûtra en français dans la version de kumarajiva dans ce livre et
une autre traduction de la même version, dans cette monographie  de jérôme Ducor  ou l'on trouve également sa transcription de la version de MÜLLER, d'ou est tiré cet extrait. 


En anglais la version de Kumarajiva est disponible gracieusement ici 
et la version de Hsuan-Tsang .





Shariputra recoit le Sutra d'Amida
Statue du XIXe siècle représentant Sariputra. Litt. "fils de Shari" (nom de sa mère) :) [extra]






mardi 3 juin 2014

Quelques poêmes de zuiken [+ ajout du 04.06.2014]


Adoration au Buddha Amida le plus illuminé !
Qui est le seigneur de tous les êtres qui se noient
Dans l’océan troublé de ‘la vie et de la mort’,
D’après la loi du karma, spirituel encore naturel, par qui
Tous les êtres doivent recueillir le fruit de leurs actions.
Adoration aux Dharma enseigné par le Buddha Shakyamuni !
La manifestation physique du Buddha Amida
Venant dans le monde de la Terre Bonheur-Suprême
Pour sauver toutes les personnes, spécialement ceux accablés par l’illusion et la passion aveuglante.
Le Dharma vient d’un Buddha, d’ailleurs de tous les Buddhas,
Qui sont incalculables, innombrables et incommensurables  à travers l’univers
Comme les grains de sable de la rivière Gange.
Les enseignements des Buddhas sont nombreux mais le Dharma
Qui est issue de la Bouche du Buddha Amida
Est le seul qui sauve les deux le bon et le méchant, le sage et l’ignorant,
Pendant que les préceptes des autres Buddhas sont seulement pour le Sage, pas l’illusionné,
Pour le juste pas pour l’injuste ;
Pour ceux dont les cœurs sont pure, et pas pour ceux dont les cœurs sont sombres et avilies. 

[Ajout du 04 Juin 2014]






































Convoitise et cupidité sont comme une tempête
balayant les arbres et les épuisant
ils exterminent tout, ne laissant rien pour survivre.








































Le Buddha Dharma est inexplicablement digne de confiance;
Il n'y a rien que je puisse faire seulement
adorer le pouvoir du Vœu Primordial.









































Le premier devoir pour toi est
de te sauver toi même








































L'appel d'Amida produit Shinjin 1 en nous
L'appel d'Amida nous sauve.
























































La Voix direct du Tathâgata 
m'assurant "Ne t'en fais pas," 
est Namo Amida Butsu 2 .



































Comme c'est merveilleux! Amida à établi 
Le Vœu de Namo Amida Butsu 3
qui jamais ne me trompe ou ne m'abandonne.






































En dehors du Pouvoir de la Grande sagesse du Buddha,
Le Pouvoir de la Grande compassion, et le Pouvoir du grand Vœu Primordial,
Ma naissance en Terre Pure serait impossible.
En dehors de Namo Amida Butsu, il n'y a pas de Shinjin
En dehors de Shinjin il n'y a pas de Namo Amida Butsu.

























































Montant sur les ailes de la Grande Compassion
Je vais jouer à travers tout l'Univers (pour sauver les êtres)
Comme cela sera agréable!


































par Zuiken Inagaki Sensei







______________________

Notes personnelles :

1 - Cœur de foi, terme apparaissant dans la seconde partie du Sutra de Vie-Infinie. Dans le 18e vœu (1e partie du Sûtra)c'est le terme Shingyo (foi réjouie) qui apparaît n'en désignant pas moins la même Foi transmise par Amida.


2 Namo Amida Butsu. Littéralement : "Révérence au Bouddha Amida" que l'on peut aussi traduire selon Maître Shandao par : "Je prends refuge dans le Buddha Amida". Cette phrase est dit avec gratitude envers le Buddha pour le pouvoir de son vœu.
Shinran écrira que tout comme le cœur de foi, le nembutsu ou Namo Amida Butsu n'est pas de notre fait (mais bien celui du Bouddha)


3 - Le vœu de Namo Amida Butsu

" Si je deviens buddha, que les Etres des dix directions,  d'un coeur sincere (shishinet d'une foi réjouie (shingyo ) , désirent naitre en mon royaume (yoku shô ga koku) , ne serait-ce que dix instants (junen ), et qu'ils n'y naissaient pas,  je ne prendrais pas le parfait Eveil . - Exception faite seulement de [ceux qui ont commis] les cinq perversions et la calomnie de la Loi correcte.  "

Maitre Shan Tao dont se réclame maitre Shinran réécrira le 18e vœu du Buddha Amida comme suit : 

" Si je deviens Buddha, que les Etres des dix directions prononcent mon nom (sho ga myogo) en souhaitant naître en mon royaume, ne serait-ce que dix instants, et qu'ils n'y naissaient pas, je ne prendrais pas le parfait éveil. " 
(Deux traduction de jérome Ducor)



4 "Je vais jouer à travers tout l'Univers (pour sauver les êtres)": Cette expression de zuiken sensei fait écho à ce qu'écrit Maître Tan Luan dans son commentaire (de l'œuvre de Maitre Vasubandhu) à propos de la cinquième porte du bodhisattva: 

"Manifester des corps accommodés et transformés" décrit la manifestation mentionnée dans le Sutra du Lotus dans le chapitre sur la porte Universel. Jouer (to play) a deux significations (1) 'La Liberté d'action', pour des bodhisattvas, sauver les êtres sensibles est aussi facile qu'un lion qui tue une biche, ou comme ci l'on jouait. et (2)  'sauver sans voir le sauvé' lorsque les bodhisattvas observent les êtres sensibles, il les voient comme ultimement non-existants ; bien qu'ils sauvent d'innombrables êtres ils réalisent que même pas un est vraiment entré dans le Nirvana. La façon dont ils sauvent les êtres sensibles c'est comme s'ils jouaient. 'Le Pouvoir du vœu primordial' montre que les grands bodhisattvas avec leur corps de la Loi toujours résidant en Samadhi et encore manifestent divers corps, employer divers pouvoirs transcendants et proclamer divers enseignements à travers le pouvoir de leur vœu primordial, c'est comme une harpe d'Asura qui spontanément produit de la musique bien que il n'y ai personne pour en jouer. Cela est appelé la caractéristique du cinquième mérite au sein du stade ou l'on enseigne aux autres.

Notons que Shinran insistera fortement dans ses écrits sur le retour de la Terre pure après y être allé. Nul doute que les écrits de maître Tan Luan ont ont fortement influencé le maître japonais.

mercredi 21 mai 2014

La Nature de la Foi par Fujiwara Ryossetsu



Les précédentes parties de ce texte du Révérend Fujiwara Ryoestsu sont ici  :
Notions préliminaires
le Bouddha Amida 
la fonction du nom 
la relation entre le nom et le vœu  





                                                 V. La nature de la foi






1. Qu'est-ce que la foi ?
- Dans le Jōdo-Shinshū, la foi est particulièrement mise en valeur
comme l'aspect le plus important de son enseignement. Parmi les
diverses interprétations de Shinran, son analyse psychologique
définit la foi comme « absence de doute », « mental indivisé », «
cœur unique » ou « abandon de tout son cœur ».



2. Où la foi est-elle proclamée dans les Ecritures du Shinshū ?
- De multiples mentions en sont faites dans les Ecritures. Parmi
elles, le Shinshū retient tout particulièrement celle qui se trouve
dans le 18 e vœu. Ce vœu déclare : « ... d'un cœur sincère et d'une
foi réjouie, désirent naître ... ». Le cœur sincère (shishin ), la
foi réjouie (shingyō) et le désir de la naissance (yokushō)
 sont habituellement désignés comme les trois cœurs (sanshin
du 18 e vœu. Bien que nommés séparément, ils ne sont que
des aspects différents d'une seule foi concrète. Ainsi, selon
Shinran, ces trois cœurs peuvent être représentés par le cœur
unique ou la foi réjouie. Lorsqu'ils sont représentés par la seule foi
réjouie, le cœur sincère et le désir de naître y sont impliqués
comme constituant son essence et lui donnant tout son sens.



3. Pourquoi est-il nécessaire de souligner le cœur unique, et d'où
le terme provient-il ?
- C'est Vasubandhu, 2 e des Sept Religieux Eminents, qui a utilisé
pour la première fois la désignation « cœur unique » (isshin)
pour exprimer la foi de tout cœur dans le Buddha Amida 34 . Shinran
admirait cet usage de Vasubandhu comme un moyen excellent
pour faire comprendre facilement la foi au commun des mortels.



4. Si le cœur unique est plus facile à comprendre, pourquoi Amida
a-t-il proclamé les trois cœurs dans son 18 e vœu ?
- Shinran a fourni une explication détaillée de cette question dans
le volume sur la foi de son Kyōgyōshinshō35. Selon cette
explication, les trois cœurs constituent simultanément le cœur
unique : le cœur unique est utilisé pour montrer la facilité et
l'unicité de notre foi en Amida; tandis que les trois cœurs sont
utilisés pour révéler l'essence et l'origine de cette foi unique telle
que nous l'expérimentons.



5. Quelle est l'interprétation de ces trois cœurs par Shinran ?
- Dans le 18 e vœu, tous les êtres sont apparemment encouragés à
obtenir les trois cœurs comme cause de la naissance dans la Terre
pure d'Amida. Ainsi, par exemple, il semblerait très raisonnable
que les êtres aient eux-mêmes le cœur sincère comme condition de
la naissance dans la Terre pure.
Cependant, Shinran réalisa qu'on ne peut espérer une telle
sincérité, aussi parfaite et absolue, de la part du commun des
mortels. De plus, jugeant de la nature du vœu, il comprit que la
compassion d'Amida ne requérait pas des exigences aussi
impossibles de la part du commun des mortels pauvrement doués.
Shinran en conclut donc que le cœur sincère du 18 e vœu ne
constitue pas une condition requise par Amida pour notre
naissance dans sa Terre pure, mais, bien plutôt, le cœur sincère du
Buddha Amida lui-même, avec lequel il acheva son vœu et établit
sa Terre pure. Il apparaît donc que le cœur sincère mentionné plus
haut est, en réalité, un don du Buddha Amida. De la même manière,
la foi réjouie fut interprétée par Shinran comme la conviction
entretenue par Amida qu'il délivrerait tous les êtres, tandis que le
désir de naître en sa Terre constitue l'appel lancé par la
compassion d'Amida pour les convaincre de sa Terre pure.
Ainsi, les trois cœurs sont tous attribués au mérite d'Amida, qui
les transfère (ekō , pariṇāma) à tous les êtres comme étant la
foi véritable condensée dans le cœur unique. C'est pourquoi
Shinran lisait les caractères chinois pour « cœur de foi » (shinjin
??) dans une lecture japonaise signifiant « cœur de vérité »
(makoto no kokoro), tout en interprétant la foi comme « la foi du
Pouvoir autre » (tariki no shinjin).



6. Que signifie « la foi du Pouvoir autre » ?
- Dans le Kyōgyōshinshō, Shinran explique que le Pouvoir autre
est « le pouvoir du vœu primordial du Venu-de-l’ainsité » 36 .
A partir de cette explication, la foi du Pouvoir autre peut être
comprise comme étant la foi transférée par la bienveillance du 18 e
vœu d'Amida. Ces implications et interprétations de la foi sont des
caractéristiques uniques de l'enseignement du Shinshū.



7. Quelle est la fonction de la foi ?
- La foi est la vraie cause (shinjin shōin) pour aller
naître dans la Terre pure et atteindre le nirvāṇa. Shinran a
fortement souligné les mérites de la foi sur ce point particulier.



8. Pourquoi la foi peut-elle être la cause de la naissance dans la
Terre pure et du nirvāṇa ?
- La foi s'éveille lorsque nous recevons le cœur sincère de la
compassion d'Amida. A ce moment-là, ses mérites absolus
deviennent les nôtres à travers son saint nom « Namo Amida Butsu
» et ils nous assurent l'état suprême du nirvāṇa.



9. Si les mérites du Buddha Amida produisent notre éveil, cela
apparaît en contradiction avec la théorie bouddhique de « telle
cause, tel effet ». Quelle est la relation entre la loi de causalité et
la délivrance par Amida ?
- La délivrance par Amida s'accorde avec les idées fondamentales
du bouddhisme du Grand Véhicule, telles les « activités de
compassion », le « bienfait altruiste », le « transfert des mérites »,
etc.; et il est certain que ces activités s'inscrivent dans le cadre de
la loi de cause à effet. Amida a accompli le nom à notre intention
comme le germe décisif du nirvāṇa. Si le nom ne nous était pas
transféré et que nous soyons quand même amenés à l'état de
buddha, alors la délivrance par Amida constituerait un miracle
transgressant la loi de causalité. Cependant, la réalité est que les
purs mérites d'Amida sont recueillis en nous-mêmes par la foi et
deviennent notre cause propre pour produire ce résultat qu'est
l'éveil. Cela ne s'oppose donc pas à la loi de « telle cause, tel effet
».


10. Pourquoi le Shinshū n'enseigne-t-il pas un miracle ?
- Le Buddha Amida est la manifestation de la nature de la Loi
ultime elle-même (sup. II-12). Et les théories de la causalité, de
l’interdépendance de tout ce qui existe, du vide, de
l'impermanence, de l'absence d'âme, etc., sont les vérités les plus
fondamentales de l'univers expliquées par le bouddhisme. Si
Amida produisait un miracle contraire à la loi de causalité, cela
signifierait la mort d'Amida lui-même.



11. Si la foi est la vraie cause, n'y a-t-il pas quelque autre pratique
nécessaire pour la délivrance ?
- Selon le Shinshū, aucune autre pratique n'est requise.
Le Tannishō (ch. 1) en explique la raison : « Lorsque nous avons
foi dans le vœu primordial, il n'y a pas d'autre bien qui importe,
parce qu'il n'y a pas de bien qui surpasse le nembutsu; ni de mal à
craindre, parce qu'il n'y a pas de mal qui soit en mesure d'entraver
le vœu primordial d'Amida. »
Le Kyōgyōshinshō déclare également, dans le volume de la foi : «
La vraie cause du nirvāṇa est la foi seule. » 37

12. Quelle est la signification de « la double foi profonde »
(nishu-jinshin) enseignée par Shandao ? 38
- Cet enseignement sert à démontrer la double conviction contenue
dans la foi du Shinshū. Cette double conviction consiste en :
a) la conviction profonde que nous ne sommes que des mortels
ordinaires, remplis de fautes, ayant passé en de nombreuses
existences illusoires depuis un lointain passé, sans espoir de nous
délivrer par nous-mêmes et, donc, destinés aux enfers 39 ;
b) la conviction profonde que les quarante-huit vœux du
Buddha Amida nous délivreront sans aucune discrimination, et
que ceux qui ont foi en ses vœux iront infailliblement naître dans
sa Terre pure 40 .
La première conviction est une profonde introspection dans la
nature humaine telle qu'elle est; la seconde constitue un abandon
de tout cœur à la compassion d'Amida qui n'oublie personne.



13. Comment les deux sont-elles reliées l'une à l'autre ?

- Ce sont deux attributs de la foi concrète du Shinshū, qui est une;
elles ne peuvent être séparées.



14. S'éveillent-elles simultanément ou l'une après l'autre ? Par le
pouvoir personnel ou par le Pouvoir autre ?
- Elles s'éveillent simultanément. Quant à l'introspection de la
première conviction, elle n'est pas parfaite si elle n'est effectuée
que par le pouvoir personnel. C'est seulement à travers la seconde
conviction, un abandon de tout cœur à la compassion d'Amida, que
l'on peut parvenir à une véritable pénétration de la nature humaine
telle qu'elle est. Ces deux convictions sont donc éveillées par le
Pouvoir autre; elles sont les deux attributs vitaux de la foi concrète
du Shinshū.



15. La seconde conviction concernant le vœu d'Amida peut
continuer pour toujours; mais qu'en est-il de la conviction que
nous ne sommes que des mortels ordinaires, remplis de fautes et
destinés aux enfers ?
- Elle dure jusqu'à la fin de notre vie, parce que la nature humaine
en tant que telle ne change pas, même après l'éveil de la foi; tout
comme une pierre demeure une pierre même après avoir été
embarquée sur un bateau. Le seul changement après l'éveil de la
foi, c’est que, éclairés par la lumière d'Amida, nous devenons plus
conscients de nos propres fautes et exprimons nos sentiments de
regret et de gratitude à travers le nembutsu.

_________________________________________



34 Traité sur la Terre pure (v. Ducor, Terre pure, Zen et autorité, p. 87-88).


35 Ch. III-19-50 (CWS, p. 94-107).



36 « Nyorai no hongan-riki » ; Kyōgyōshinshō, ch. II-81 (CWS,
p. 57).

37 Ch. III-1 (CWS, p. 79). 


38 V. son Commentaire (vol. 4), cité dans le Senjakushū (Le Gué,

p. 123-124) et le Kyōgyōshinshō (ch. III-13; CWS, p. 85).


39 Ce premier aspect est dénommé foi envers le mobile (shinki ); ce «

mobile » n'est autre que les êtres dans la souffrance, qui ont motivé le vœu
d'Amida.


40 Ce second aspect est dénommé foi envers la Loi (shinbō ); la « Loi »,

c’est le vœu d'Amida transmis par Śākyamuni et attesté par tous les Buddha.