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Le Saint Nom en Six caractères : Na.mo. A.mi.da. Butsu |
calligraphié par Rennyo (8e patriarche de la Jôdo Shinshû)
Un modèle de la Foi du Jôdo-Shinshû par le
révérend Fujiwara ryosetsu.(Gasshô) Suite.
II. Le Buddha Amida
1. Dans le Shinshū, quel est l'objet de la foi ?
- Les disciples du Shinshū ont une foi absolue dans le seul Buddha Amida.
Cependant, ils révèrent et respectent également tous les autres Buddha,
parce qu'ils font tous un avec le Buddha Amida.
2. Quelle sorte de buddha est Amida ?
- Philologiquement, le nom Amida 阿弥陀 est la transcription sino-japonaise du
sanscrit Amita, qui signifie «
infini ». En sanscrit, Amita est combiné
avec ābha, signifiant « lumière », etavec āyus,
signifiant « vie ». De sorte que nous avons les noms Amitābha et
Amitāyus, signifiant respectivement
« Lumière-Infinie » et « Vie-Infinie ». Ces
noms révèlent qu'Amida est le Buddha à la lumière et à la vie
infinies.
3. Que signifie « buddha»?
- Buddha(butsu ) signifie « éveillé » ou « celui qui a atteint le parfait éveil ».
4. Le Buddha Amida est-il le créateur du monde, ou un
souverain, ou encore un juge ?
- Le bouddhisme rejette de telles
conceptions. Il enseigne les théories du karma(gō),
de l'impermanence (anitya, mujō),de l'absence d'ego
(anātman, muga ), de l'interdépendance (hetupratyaya, innen ), etc.; il explique aussi l'origine et les changements affectant toutes les existences. Pour des
gens non avertis, le Buddha Amida
peut sembler un créateur ou un souverain du monde; mais,
en fait, il ne l'est pas du tout. Il a compris la réalité universelle
et, dans le Shinshū, il est considéré comme une
manifestation de la nature de la
Loi (dharmatā, hosshō) elle-même. Il est pourvu de la sagesse
et de la compassion parfaites et ne distribue donc aucune punition, même
à ceux qui ne suivent pas son enseignement immédiatement. Pourvu de
la compassion absolue, il s'efforce
infatigablement d'amener ces derniers à prendre graduellement
conscience de son vœu universel ainsi que de la nature réelle du Dharma.
5. Combien de Buddha existent-ils ?
- Les sūtra affirment que le nombre
des Buddha dans les trois temps - passé,
présent et futur - est infini, dépassant en nombre les grains de
sable du fleuve Gange. Le bouddhisme
enseigne que tous les êtres possèdent la potentialité de
devenirun buddha. Par conséquent, il est naturel que d'innombrables buddha
viennent à exister.
6. Quelle est la nature du Buddha Amida ?
- Pour répondre à cette question, nous devons d'abord comprendre les «
trois corps » (trikāya, sanshin) d'un buddha.
Les trois corps sont : le corps de
la Loi (dharmakāya, hosshin),
le corps de rétribution (saṃbhogakāya, hōjin)
et le corps de transformation (nirmāṇakāya,
keshin). (On parle parfois aussi de « quatre
corps », auquel cas le corps d'adaptation - ōjin - est dérivé du corps de
transformation.)
Le corps de transformation est
représenté par le Buddha Śākyamuni, en tant que buddha historique apparu dans le
monde sous une forme physique.
Le corps de rétribution, c'est un buddha en tant qu'il
a atteint le résultat de l'éveil par le parfait accomplissement de ses
vœux et de sa pratique. Le Buddha Amida est un corps de rétribution :
ayant établi quarante-huit vœux, il a
atteint l'état de buddha en les amenant à leur terme
grâce à sa pratique.
7. Quelle est la nature du corps de la Loi ?
- Le corps de la Loi, c'est la vérité ultime elle-même; elle se
révèle dans et à travers le corps de rétribution, tout en se manifestant sur le plan historique comme le corps de transformation.
8. Cet aspect de la bouddhéité a-t-il d'autres noms ?
- Le corps de la Loi est identique avec ce que l'on dénomme « ainsité » (tathatā), « ainsité unique » (ichinyo), « nature
de la Loi » (dharmatā, hosshō), « nirvāṇa», etc. Cet aspect a été également exprimé comme « le corps de la Loi en tant que nature de la
Loi » par Tanluan, lorsque celui-ci expose le« double corps de la Loi » (nishu-hosshin )14
9. Pourquoi le corps de la Loi lui-même n'est-il pas
directement vénéré dans le Shinshū?
- Le corps de la Loi transcende absolument l'espace et le
temps. Il ne peut être appréhendé par les sens de l'homme; il se situe
au-delà des conceptions, des mots et de l'intelligence humaine. Cependant, le sentiment
religieux nécessite quelque chose qui
soit humainement plus proche, quelque chose de plus concret. Et
cette manifestation concrète est le corps de rétribution, connu dans
le Shinshū comme le Buddha Amida.
10. Qu'est-ce que le « double corps de la Loi»?
- C'est une autre analyse de l'état de buddha, qui a été exposée par Tanluan.
Le double corps de la Loi est constitué du« corps de la Loi en tant que
nature de la Loi » (hosshō-hosshin) et du « corps de la Loi en moyens adaptés » (hōben-hosshin). Tanluan explique que tous les buddha et bodhisattva possèdent ces deux aspects et que
ceux-ci sont nécessaires à la délivrance des êtres.
11. Quelle est la relation entre le double corps de la Loi et les
trois corps ?
- Le corps de la Loi en tant que nature de la Loi est identique au corps de la Loi (dharmakāya),
tandis que le corps de la Loi en moyens adaptés correspond
au corps de rétribution (saṃbhogakāya).
12. Quelle est donc la différence entre le corps de rétribution et le corps de la Loi en
moyens adaptés ?
- En essence, il n'y a aucune
différence. Cependant, ces deux termes se réfèrent
à deux aspects différents du Buddha Amida. Ainsi, par exemple, le corps
de rétribution se réfère au processus à travers lequel le
bodhisattva Dharmākara (« Trésor-de-la-Loi », Hōzō ) est
devenu le Buddha Amida en rétribution tant de son vœu que de
sa pratique, qui amena ce vœu à
son parfait accomplissement.
Tandis que le corps de la Loi15 en moyens adapté s'exprime
dans un nom et une forme cette réalité
que le Buddha Amida est
une manifestation de la nature de la
Loi, laquelle est sans forme, invisible et
transcendante. Cette manifestation de l'ainsité unique est
également dénommée « celui qui est
venu de l'ainsité » (tathāgata, nyorai).
Le Buddha en ce stade manifeste
ses caractéristiques excellentes et se
révèle lui-même à travers son nom : « Namo Amida Butsu»南無阿弥陀佛 . Il a aussi
réalisé tous ses vœux à travers sa pratique. Or, tant ses vœux que sa
réalisation prennent place dans le cadre de
la loi de cause à effet16 : il
correspond donc au corps de rétribution.
Par conséquent, malgré des différences superficielles, le corps de
rétribution et le corps de la Loi en moyens adaptés doivent
être considérés comme étant essentiellement identiques.
13. Où réside le Buddha sous cet aspect ?
- Le Grand Sūtra enseigne que
le Buddha Amida a établi sa Terre pure à l'ouest, au
profit de tous les êtres souffrants,
et c'est là qu'Amida lui-même réside17.
14. Comment les êtres ordinaires comme nous peuvent-ilspercevoir l'existence du Buddha Amida ?
- Voilà une question vitale sur le plan religieux. Plusieurs sages affirment qu'un saint très doué et diligent peut percevoir le Buddha Amida à travers les pratiques méditatives. Cependant, Shinran réalisa que cela est impossible pour le commun des mortels, dont les vues sont obscurcies par les passions humaines. C'est pour cette raison que les grands maîtres de l'enseignement de la Terre
pure ont mis en évidence le saint nom du Buddha Amida, soit « Namo Amida Butsu», qui incorpore les mérites infinis d'Amida. C'est seulement à travers ce nom que le commun des mortels, avec leurs corruptions et leur ignorance, en arrive à réaliser la compassion d'Amida et à devenir solidaire avec lui18.Et c'est à travers la compassion d'Amida que le commun des mortels se trouve pourvu de sa vie et de sa lumière infinies.
14
V. son Commentaire au
Traité sur la Terre pure (vol. 2;
Inagaki,
p. 264-265).
15 « Manifestation », ou mieux : «
personnification ». Car la conjonction
d'un nom (nāma) et d'une forme (rūpa)
constitue la définition bouddhique
classique d'une « personne » (nāmarūpa).
Pour Shinran, la forme du Buddha
Amida est la lumière
infinie de sa sagesse illimitée. V.
Ducor, Shinran,
p. 110.
16
Cf. plus bas : V-9.
17 Son nom est Bonheur-suprême (Gokuraku
極樂), ou La Bienheureuse
(Sukhāvatī); v. aussi le Sūtra d’Amida(§
2). La direction de l’ouest n'est pas
restrictive : le
Commentaire de Shandao (vol. 3) explique
que les sūtra «
indiquent une direction et établissent des
marques » (shihōrissō )
parce que les êtres
seraient incapables de fixer leur attention
sur une
description abstraite du Buddha
Amida sous l’aspectde l'ultime réalité du
corps de la Loi (Ducor, Terre pure, Zen et
autorité, p. 90, 95).
18
Les maîtres postérieurs à Shinran rendent
cette notion par l'expression «